Ce que nous dit PISA Version imprimable Suggérer par mail

Moyen moins

Qui a dit couac ? Allons, qu’il se dénonce, qu’il ait au moins le courage de se dénoncer !

Car c’est un couac retentissant que la France, où le cocorico est toujours florissant, vient d’encaisser après la publication de la quatrième enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), enquête menée tous les trois ans dans 65 pays développés. Elle porte sur les compétences des jeunes de quinze ans en maîtrise de la langue, en mathématiques, en culture scientifique.

Le bilan est clair : c’est « moyen moins ». Globalement médiocre, le système français, mauvais rapport qualité/prix, tendance à la baisse. Surtout, la France est le pays où les écarts se creusent le plus, et le plus vite, entre une élite qui croît légèrement (9,6% contre 8,5%) et la masse des laissés pour compte (22,5% des jeunes Français ne maîtrisent pas le minimum vital). C’est la déroute de « l’élitisme républicain » qui profite à l’élite, pas à la République. Cette élite est parfaitement typée : ce sont les enfants de cadres supérieurs et les enfants d’enseignants, ce sont les produits des grandes écoles et des classes préparatoires.

Y a-t-il une fatalité de l’échec ? Non, répond PISA. Les sociétés les moins inégales sont aussi celles dont l’école est la meilleure. En d’autres termes, la justice n’est pas seulement une vertu, c’est une condition d’efficacité. Le Japon, l’Islande, le Canada, la Corée ont réduit leurs inégalités à l’école : leurs performances respectives sont bien meilleures que les nôtres.

Voilà belle matière à réflexion. Les essayistes qui incriminent, dans notre pays, le « collège unique » devraient regarder le problème de plus près. Car, chez nous, le collège unique n’existe que sur le papier. Ceux qui incriminent un « égalitarisme » qui tirerait la France vers le bas seraient bien inspirés de réviser leur position. La France est le pays des filières hypocrites, des « voies d’excellence » réservées à quelques-uns, des privilèges maintenus. Nous avons massifié, nous n’avons absolument pas démocratisé notre école.

Ce que nous dit PISA, c’est qu’il ne s’agit pas seulement d’une méthode immorale, études générales longues pour les nantis, études courtes ou écourtées pour les autres. Cette méthode est contre-productive et coûteuse. Faute d’aménager l’école, faute d’ouvrir l’école, faute d’imaginer une école diversifiée et accueillante, nous gâchons des talents, nous nous en privons, et cela nous plombe.

Mais Luc Chatel, commentant ces données, a estimé que l’urgence est de persévérer…
Le Télégramme, décembre 2010

 
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