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Oxymore
Vous ne vous en êtes pas
aperçu ? Mais si, voyons. C’est fini. Je vous jure, c’est bel et bien
fini. Vous n’allez quand même pas me dire que vous n’avez rien senti, que vous
n’avez pas éprouvé un petit pincement ? Non ? Un soupçon de culpabilité,
un rien de remords ? Ah ! j’en étais sûr, vous avez quand même une
âme, une raison. Et des oreilles pour entendre.
La semaine du
développement durable a pris fin. C’est terminé. Ouf ! On peut ressortir
le 4x4 et bourrer la chaudière, réclamer des sacs plastique au supermarché, on
peut vivre, quoi…
D’ailleurs, ils nous
bassinent, avec le développement durable. A toutes les sauces, qu’ils le
mettent. Et qu’est-ce que ça veut dire, développement durable ? Un
chercheur nous l’explique brillamment. Le développement durable est un oxymore.
Non, ce n’est pas une espèce en voie de disparition, comme le thon rouge de
Méditerranée que nos valeureux pêcheurs entendent exterminer jusqu’au dernier,
c’est un assemblage de mots contraires. Exemple célèbre : cette obscure
clarté qui tombe des étoiles – signé Corneille. Obscure clarté est un oxymore.
Regardons le de près, cet
oxymore. Développement durable, ça voudrait dire ce qu’on a fait cette semaine.
On s’est inquiété pour la planète, on a modifié les messages de pub, on a
multiplié les discours politiques, annoncé qu’en 2032 on respirerait mieux, et
surtout, surtout, proclamé notre entière et totale solidarité avec les
Africains affamés par l’extension du Sahel. Puis on est remonté en 4x4 et
rentré à la maison.
Développement durable, ça
voudrait dire aussi qu’on peut continuer à se développer, mais dans une version
light, un peu comme les yaourts qui sont tellement maigres et tellement
crémeux. Ça voudrait dire qu’on va isoler un peu mieux nos maisons, diversifier
les poubelles, construire des voitures électriques, manger les fruits de saison
et que basta, on sera quittes, on aura sauvé la planète et manifesté notre
solidarité envers le Quart Monde qui n’en attendait pas moins. Et puis, qu’on
va recommander aux Indiens, aux Chinois, aux Brésiliens de faire très
attention. De ne pas se conduire comme nous dès lors que le niveau monte.
Voilà l’oxymore. Un cache
richesse. Un outil pour planquer les décisions qui s’imposent, pour différer
les urgences, pour continuer à consommer, pour affirmer qu’une vie réussie,
c’est une vie où l’on accumule des biens, et encore des biens. Pratique,
non ?
Le Télégramme, avril 2009
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