Fantasmes au Vatican Version imprimable Suggérer par mail

Damnées sorcières !

Mieux vaut tard que jamais. Le Vatican, en l’occurrence la Congrégation pour la doctrine de la foi, vient d’édicter de nouvelles règles relatives aux délits les plus graves (Normae de gravioribus delictis). A bon droit, il estime qu’en matière de pédophilie, les procédures doivent être accélérées. L’abus sexuel sur des handicapés mentaux est jugé aussi impardonnable que celui commis à l’encontre de mineurs. Et un délit de « pédopornographie » est institué. Voilà qui entend mettre un terme à beaucoup d’années d’errance et de silence. Et qui sort le pape d’un sacré bourbier.

Mais on se demande pourquoi le document rendu public qualifie également de « délit grave » la « tentative d’ordination sacrée d’une femme ». Gravissime, même. Au point qu’elle entraîne l’excommunication automatique, au même titre que « l’hérésie, l’apostasie, et le schisme ». Ce qu’on appelle l’excommunication « latae sententiae ».

La phobie des femmes, chez les vieillards qui gouvernent l’Église, n’a rien de nouveau. Voilà des siècles que ces êtres seconds sont jugés indignes d’accéder à la prêtrise et d’administrer les sacrements. A l’inverse de maints protestants, notamment de l’Église anglicane qui vient – au terme de débats houleux – d’autoriser les femmes à devenir évêques, les hiérarques catholiques tiennent bon : c’est à se demander si les origines  méditerranéennes de leur tradition ne pèsent pas là-dedans.

Mais pourquoi, ont questionné les journalistes, lier la réaffirmation de cet interdit et les nouveaux textes contre la pédophilie ? Un peu embarrassé, le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, a expliqué que ces délits sont tous deux gravissimes, mais que la pédophilie est une offense à la morale, tandis que l’ordination des femmes est, elle, une offense au sacrement. On s’en doutait un peu. Reste l’interrogation initiale : pourquoi associer, dans un communiqué unique, ces deux condamnations différentes par nature ?

Est-ce l’importance du crime qui les rapproche ? Les sorcières ont toujours été sulfureuses, et les femmes, intrinsèquement, plus ou moins sorcières... C’est ce qu’affirme, douloureusement, Michèle Birch-Conery, théologienne canadienne (catholique) qui a pris le risque de braver l’interdit et de se faire ordonner prêtre(sse) avec deux compagnes. Elles  ont été excommuniées illico. « C’est la façon dont le Vatican en parle qui blesse, dit-elle. En termes de gravité, on nous compare aux pédophiles... »

Faut-il rappeler que la faute d’Ève fut la première de toutes ?
Le Télégramme, juillet 2010

 
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