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Le rire était presque parfait
Il y a tant de mauvaises
nouvelles, en ce moment, tant de motifs d’inquiétude, tant de guerres, tant
d’inégalités, que vraiment, ça fait du bien, oui, ça fait du bien de se taper
sur les cuisses. De rire à gorge déployée, en étant certain que votre voisin
rit autant que vous et pour les mêmes raisons. Vous savez, ces hurlements qui
s’achèvent par des larmes involontaires et jubilatoires.
Je voudrais donc remercier
publiquement le chef de l’État qui, dans son infinie sagesse, a offert aux
Français, que dis-je ?, aux Européens, que dis-je ?, à la planète
entière, un savoureux et opportun moment de détente. A l’Élysée, on a le sens
du gag. Une étape en la matière a été franchie, et avec quelle maestria, au
sujet de Jean Sarkozy, fils du chef et chef ascendant. Chapeau bas.
Une promenade parmi les
titres de la presse mondiale montre combien le quolibet, à ce propos, est
universel et contagieux. On ne s’étonnera pas que les journaux anglais aient
donné le la. Le Guardian parle de « dynastie » et du
« prince Jean », le Times de « Sarkoland » et de
« république bananière » – le fiel de la perfide Albion est
toujours disponible et fécond. Mais, chez les Allemands, ce n’est pas mal non
plus. Die Welt raille « Sarkozy
junior » et son « ascension fulgurante », le Süddeutsche
Zeitung moque « le petit prince », et l’on retrouve des accents
analogues dans El Pais, La Voz de Galicia, le flamand Knack
ou le roumain Cotidianul. Quant aux Américains, ils s’amusent, tel le Financial
Times qu’on a connu moins souriant, de notre « monarchie sans
couronne ». L’Australian glousse, les agences indonésiennes s’étranglent,
les Chinois de Cctv nous donnent, en rigolant, des leçons sur l’État de
droit. Même les Indiens, qui en connaissent un solide rayon côté dynasties et
castes, épinglent nos « démocraties occidentales soi disant basées sur le
mérite ».
Évidemment, c’étaient les
Italiens que nous guettions au tournant, eux dont le président du conseil étale,
depuis des années, sa virtuosité confondante. On ne sera pas surpris que
Massimo Nava, du Corriere de la Sera, qualifie notre pays de
« République monarchique ». Mais on le sera en ouvrant Il Giornale,
propriété de la famille Berlusconi, qui s’esclaffe au spectacle « du don
supplanté par le piston ». Jaloux.
L’éclat de rire est donc général,
bravo ! Sauf à Dubaï, aux Émirats, en Arabie saoudite. Ils n’ont pas le
sens de l’humour, là-bas ? On se demande pourquoi.
Le Télégramme, octobre 2009
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