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Salades miraculeuses
C’était bon, c’était
beau, de voir les ministres de l’agriculture et de l’environnement, lui en
costume, elle en tailleur, arpenter le sable immaculé de la plage de Binic.
Tombés du ciel, en quelque sorte, parmi les dames en bikini, les messieurs en
short, et les enfants qui patouillaient gaiement.
On s’occupe de nous,
là-haut, on calcule, on émet des graphiques, des courbes. Et surtout, on veille
à ce que les côtes de France, comme la République elle-même, demeurent
sans tache. Quand je pense que, pendant ce temps-là, nombre de nos concitoyens
s’adonnent au jokari, franchement, j’ai honte.
Ils venaient, nos
ministres tombés du ciel, vérifier si la collecte de l’ulva lactua – autrement
dit l’algue verte – est efficace et féconde.
Ils sont partis
pleinement rassurés. La production annuelle avoisine 70 000 tonnes, et
rien ne dit que nous n’atteindrons
pas, l’an prochain, des objectifs supérieurs. Quant à l’usage que font
les Bretons de cette manne marine, il ne cesse de se diversifier, d’ouvrir de
nouvelles perspectives, donc de créer de nouveaux jobs.
Les scientifiques ont
travaillé d’arrache pied pour conseiller aux décideurs locaux de ramasser et
traiter l’algue verte au plus vite. D’où maintes embauches dont on soulignera
qu’elles sont remarquables dans cette période de crise. D’où, également, une
concurrence sans précédent entre divers prototypes de ramasseuses – là encore,
que d’emplois induits !
Toutefois l’essentiel
vient après. L’épandage de cette
collecte, naturellement riche en azote, est un débouché tout trouvé, la boucle
étant ainsi bouclée. Mais c’est surtout le compost qui est plein d’avenir (à
2000 ou 3000 Euros la tonne). Transformée en farine, l’ulva lactua est un
composant formidable de produits cosmétiques, chimiques, de carton, de
plastique. Et encore de nourriture pour animaux, voire pour humains. A cela
s’ajoute la méthanisation, et les recherches sur le bioéthanol.
Qui dit mieux ? Qui
aura le coeur de contester cette effervescence auprès de laquelle les plans
bidonnés de Staline, les prétendues révolutions industrielles de Mao, ne sont
que légende et propagande ? En Bretagne, quand un problème surgit, on s’en
empare, on se rue dessus, on ne le laisse pas pourrir. Et l’on transforme le
lisier en pépites. D’ailleurs, toute confiance est accordée à nos préfets pour
autoriser les extensions d’élevage qu’ils jugent opportunes.
Je comprends la nostalgie
de nos ministres tandis qu’il s’élevaient vers le ciel. Ah !
songeaient-ils, retrouver le cloaque parisien quand la mer est si pure...
Le Télégramme, juillet 2010
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