Rayon livres

La librairie Dialogues, à Brest.
librairie_balcon_bDes bons libraires, des vrais libraires, il y en a, il en reste. Heureusement que nous nous sommes battus pour la loi sur le prix unique du livre. J'ajouterai  qu'en matière de librairie, ni la taille ni l'enseigne ne font le vice ni la vertu. Et encore ceci: même dans les rayons de la grande distribution, j'ai rencontré des passionnés, des gens qui lisent, des curieux, des insatiables, des pros.
Oui, les bons libraires, ça se trouve, ça résiste un peu partout. Mais j'ai contracté une dette spéciale envers Marie-Paule et Charles Kermarec, à Brest. Je leur dois ce site. Et puis ils ne cessent de m'épater. D'abord parce que leur premier critère d'embauche, c'est la compétence (ça n'est pas au parti socialiste que ces choses-là se produiraient). Ensuite, parce que, dans leur librairie, on a le droit de s'asseoir et même de lire. Enfin, parce qu'ils sont convaincus que ni les éditeurs ni les libraires ne font exister les auteurs, mais l'inverse.
Dialogues, c'est ICI

Le 26 décembre  2007,  Marie-Paule Kermarec  est morte soudainement, emportée par une de ces "longues maladies"  qui,  en l'espèce,  n'a guère  été longue.  Marie-Paule  était  LA  libraire  par excellence.  Je me souviens, à  l'époque  où  j'étais  conseiller  littéraire aux Editions du  Seuil,  lui  avoir raconté que,  dans certaines  grandes  surfaces parisiennes  (et pas seulement  parisiennes), on  préférait  répondre  au client  que  le livre  demandé  était  épuisé plutôt  que d'avoir à remplir un bon de commande. Elle ne voulait pas me croire. C'est vrai que ce sont les meilleurs qui s'en vont les premiers.

Monsieur Erik
Il vient de se raser la moustache, tant pis, c'est pour le bon motif. Il est amoureux. Plus encore, il convole. Méfiez-vous des idées simples sur l'ami Erik. Il est le plus rigolo et le plus spirituel desorsenna_light hommes, mais c'est par élégance, parce que la tragédie, sinon, gagnerait trop vite. Il saute de livre en livre avec une agilité de cascadeur mais c'est le pire bosseur qui soit, le Stakhanov de la plume verte. Il sourit, il collectionne les médailles, mais sur le fond, il est intraitable, et quand on cause chiffons, pardon coton, ça ne rigole plus du tout. Car Monsieur Erik ne badine pas avec les convictions. C'est mon frère, nous avons les mêmes balises et le même Gulf Stream. Il pense que je gère ma carrière de façon décousue. C'est çui qui le dit qui y est.
Son merveilleux Archipel, c'est LA







Monsieur Paul
Il en a dans le jarret, Paul Fournel (les Egyptiens, raconte-t-il dans Poils de Cairote, préféraient lui donner du "M. Baul"). Il en a dans le jarret et même dans le chou. Nous fîmes nos débuts ensemble sous la casquette des éditions Ramsay, débuts prometteurs nonobstant un dépôt de bilan imprévu. A cette évelo_3poque, je lisais de lui un truc génial qui s'appelle "Un rocker de trop" (c'était chez Balland). Il m'a honoré en me donnant son "Besoin de vélo" qui porte le maillot à pois de mes productions heureuses. Et voici qu'il nous sort à la rentrée une fable exquise et oulipienne baptisée "Chamboula" (au Seuil). Je ne lui ai jamais avoué, à M. Baul, le plaisir qu'il me fit en me téléphonant pour que je le rejoigne au bureau de la SGDL (la Société des gens de lettres, dont il était le courageux président). "Il faut que tu viennes, j'ai besoin de jeunes" m'avait-il dit. Je suis venu, of course.
Et maintenant, il a un site. Je savais bien qu'il était technologiquement innovant. D'ailleurs, à l'onglet "écrivain", on peut lire en construction. Pérec n'aurait pas trouvé mieux.
M. Paul gare sa petite reine ICI






Monsieur Alain
Si vous fréquentez un poil Alain Rémond, vous imaginez bien qu'il n'a pas édifié, lui, un site à sa gloire. Trop radin, vous connaissez les fils de pauvres. Non, il a obtenu de JFK, le fondateur, patron et principal rédacteur de Marianne sous trente sept pseudonymes, qu'il lui réserve une adresse dédiée, avec le best of de ses chroniques. Déjà qu'il écrit ses bouquins à la plume Sergent major avant de les recopier d'un doigt sur le Mac de son beau-frère, vous ne voulez quand même pas qu'il cause le HTML.
Mremond1onsieur Alain, c'est grâce à Montand que je l'ai découvert en chair et en os. Et on ne s'est plus quittés. On a traversé quelques misères (lui à Télérama, moi au Seuil). Et puis des sacrées aventures. Chaque jour est un adieu, et la suite, toute la suite, c'est une histoire d'amour (avec les siens, avec les vivants et les morts, avec ses lecteurs) et c'est, en prime, une joyeuse histoire d'amitié. Qui continue "sans faille", comme disaient les motions du Parti. Et ça donne ,même, une fiction joliment intitulée Les romans n'intéressent pas les voleurs (chez Stock).
C'est un homme qui frémit à chaque seconde, Monsieur Alain, plein de principes et tout, de l'indignation en réserve. Je sais pourquoi il trouve toujours des titres épatants. Il ne vit pas un jour sans pondre une chronique, un billet, donc la phrase qui tue. Même à La Croix, il sévit. Je ne lui demande pas ce qu'il pense de Benoît XVI. Sa réponse ne nous fâcherait guère mais pourrait le faire virer.
Les chroniques d'Alain, c'est LA 




Madame Dominique
manottiL'ennui, quand on n'est pas seulement auteur mais aussi un peu éditeur, c'est qu'on est voué à faire du chagrin aux amis. Je n'ai pas oublié la fin de repas où Dominique Manotti a extrait un manuscrit de sous la table et m'a annoncé que c'était un roman noir, une espèce de polar, un truc qu'elle avait commis et dont elle ne savait que penser. L'heure du drame.
Car Madame Dominique sans opinion, c'est comme Marylin sans champagne ou Boris Eltsine sans vodka. Historienne de première bourre, syndicaliste chevronnée, militante de l'ex-UEC à l'époque où les étudiants du quartier latin ont dit merde à Staline, Madame Dominique a toujours un jugement prêt à gicler, et un jugement trempé.
Eh bien, ce coup-là, c'était vrai. Elle doutait pour de bon (comme nous tous) et pas qu'un peu. Et elle avait tort, complètement tort. Car le machin qui sortait de sous la table et qui s'est appelé, après beaucoup de péripéties, Sombre Sentier, était rien moins qu'un chef d'oeuvre. Madame Dominique, depuis, écrit, écrit, écrit. Son dernier, qui raconte l'affaire Daewoo en Lorraine, montre à quel point roman noir et roman social dansent un tango torride et fluide.
Concernant Madame Dominique, je n'ai qu'un regret. J'ai édité son formidable Corps noir (la fin de l'occupation de Paris vécue parmi les SS français) en pleine crise du Seuil, ce qui a lourdement desservi le livre. Heureusement, maintenant, on le trouve en poche, ce n'est que justice.
Ajouterai-je que Madame Dominique est aussi une excellente cavalière? En fait, ça ne m'étonnerait pas qu'elle chante excellemment Tosca. Il y a des gens, comme ça, qui sont excellents en tout. Je crois d'ailleurs me souvenir qu'elle est d'une excellente famille. Et que son époux, l'excellent Alexandre, porte la cuisine italienne à son zénith.
Le site de Dominique, c'est ICI
Et LA, elle parle très bien de son travail