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Sortir de l'hypocrisie scolaire |
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Les petites phrases, en période électorale, sont toujours assassines. Mais, plutôt que de tuer l'adversaire, elles tuent le débat.
C'est particulièrement vrai en matière d'éducation où la polémique l'emporte sur l'examen des faits. Il a suffi, par exemple, qu'un candidat évoque l'opportunité d'une plus ample présence des maîtres dans les établissements (ce que pratiquent les nations qui réussissent mieux que nous) pour qu'on récolte une controverse ringarde sur le temps de travail global des enseignants. De l'énergie perdue et un vrai sujet gâché.
Le premier impératif est de se mettre d'accord sur des constats - on divergera ensuite. Nous ne sommes pas démunis en la matière. Les évaluations, les recherches, les comparatifs internationaux sont disponibles. Le tout est d'en prendre connaissance et de s'en servir.
Que nous apprennent-ils ?
Que notre système d'enseignement est un des meilleurs du monde pour la moitié de ses élèves. Leur trajectoire est courte, leurs compétences élevées. Pour la seconde moitié, en revanche, c'est une autre affaire. 30 % s'en sortent plus ou moins. Et 20 % - c'est énorme - sont en grande ou très grande difficulté scolaire. Chaque année, 150 000 jeunes gens quittent l'école sans véritable diplôme ni qualification. Or ce sont les plus pauvres à l'origine et ils seront les plus fragiles à l'avenir.
Dans un pays où la certification a malheureusement valeur de destin, c'est injuste, c'est intolérable. Et une perte pour le pays. Notre école sait très bien s'occuper des bons élèves. Les autres, elle les fait redoubler (véritable « mal français »), ce qui est la manière la moins efficace et la plus coûteuse de leur porter secours. Regardons comment des nations comparables traitent le problème avec des résultats convaincants.
Ce que les travaux scientifiques nous apprennent aussi, c'est que la politique n'est pas impuissante. Entre 1985 et 1995, dans un contexte anxiogène de crise, nous avons parié sur l'éducation. De l'argent, du travail, de l'imagination. Et ça a marché. Les familles ont joué le jeu, les enseignants ont joué le jeu, les parlementaires ont voté les budgets, les élèves ont travaillé. Nous avons doublé en dix ans le nombre de bacheliers, et transformé l'enseignement professionnel.
Mais depuis dix ans, nous sommes en panne. Nous ne progressons plus. Et nous ne corrigeons plus nos dysfonctionnements.
Oui, nous avons plus de bacheliers, mais il y a le bac des riches et celui des autres.
Oui, le peloton de tête est plus étoffé qu'hier, roule plus vite et va plus loin. Mais ceux qui restent à l'arrière sont plus distancés, plus marginalisés et humiliés.
Oui, les filles se sont affirmées comme les meilleures élèves. Mais la médiocrité et le conservatisme de l'orientation les privent du salaire de leurs efforts : on continue de les orienter à la baisse.
Non, l'ascenseur social n'est pas complètement en panne (nous amenons au niveau de technicien supérieur des jeunes qui, naguère, n'auraient pas dépassé le CAP). Mais seuls les enfants de cadres supérieurs ont accès à tous les étages : les classes préparatoires aux grandes écoles sont aujourd'hui leur chasse gardée et leur rempart contre le « tout venant ». Et notre université crie famine.
L'œuvre scolaire accomplie est considérable - quand je me suis présenté au baccalauréat, nous n'étions pas plus d'un jeune Français sur dix à nous hisser jusque là. Mais nous avons devant nous un choix politique à faire.
Ou bien nous maintenons l'ambition énoncée voilà plus de trois décennies, et constamment reprise depuis, d'ouvrir le collège à tous et de tirer chaque élève vers le haut. C'est possible, mais au prix d'importantes réformes et pas seulement du sempiternel accroissement des moyens.
Ou bien nous nous contentons de dire « Que le meilleur gagne ! » C'est un choix, mais sachons que « le meilleur » ne sera pas le plus démuni.
Le pire serait d'annoncer l'un en pratiquant l'autre. C'est ce que nous faisons en ce moment.
HH pour Ouest-France, février 2007.
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