Voilà vingt années que je
m'intéresse à la « chasse aux sorcières ». Pas
seulement parce que ce fut une période haute en couleurs, en
trahisons, en courages et en excès, du pain bénit si l'on est romancier. Mais pour deux autres raisons.
La première
est que ce régime d'ordre, ce règne d'un « politiquement
correct » soudainement décrété, cette haine de la
divergence, de l'étranger, cette quête obsessionnelle de l'ennemi
intérieur, me semblent, hélas !, très contemporains. De Bush à McCarthy, la distance n'est pas grande, et de McCarthy au Tea Party, elle est à peu près nulle. La détestation des "communistes", c'est-à-dire de l'esprit "libéral" qui s'était installé à Hollywood depuis les années trente, est toujours aussi vive, aussi viscérale. Les mots ont changé, le stalinisme réel a (heureusement) perdu, mais les "moeurs dissolues" sont redoutées, le "parti de l'étranger" est dénoncé. Welles, Losey, Chaplin, Trumbo, Miller restent des figures dérangeantes. C'est très américain. Est-ce seulement américain? Le génial Kazan veille de son oeil sagace et retors, et, ces temps-ci, j'ai l'impression qu'il monte la garde un peu partout.
La seconde est
que les régimes « forts » se nourrissent d'une
culpabilité si générale que même les victimes s'y sentent
coupables. C'est toujours la même histoire: on oublie Hoover, on oublie Reagan, on oublie Nixon, et l'on s'interroge sur la trahison des uns, l'héroïsme des autres. Ce sont les sorcières qui font débat, beaucoup plus que les chasseurs de sorcières. La honte qui suit les dictatures n'est pas l'affaire des anciens dictateurs, mais plutôt des résistants et des réprimés...
Tout cela,
bien sûr, n'est que toile de fond dans mon roman. A Hollywood, le divertissement
est une industrie, on va donc bien s'amuser... Ce qui m'excitait, c'était le huis clos de ces scénaristes enfermés dans une villa. C'était aussi le contraste entre l'obligation de rire, de sourire, d'amuser, et la dureté des temps. Au fond, quand les gens sont vraiment saisis par la peur, par la panique, ils sont imprévisibles - fût-ce à leurs propres yeux. Le courage, le vrai courage qui engage la vie, est un mystère.
J'ai voulu mettre en scène une sorte d'Antigone, une jeune femme qui dit non à tout cela, et qui est comme étonnée par sa propre détermination, qui l'observe en train d'agir comme on observe un autre, mais qui, par cela même, pose un acte d'absolue liberté..
H.H.,
mai 2011
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