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Je me souviens de Montand. Il me téléphonait, en milieu de matinée, pendant que j'écrivais, et commençait à pinailler sur une broutille, s'échauffant, s'échauffant, jusqu'à ce que je raccroche, excédé. Le téléphone sonnait à nouveau, une heure et demie plus tard, et une voix susurrante glissait, contrite : « Tu comprends, nous autres, le matin, on doit se chauffer la voix... »
Je me souviens de Montand qui baladait son trac, longtemps avant la représentation, en regardant un dessin animé au Rex parmi les enfants.
Je me souviens que Montand, parlant des femmes, ne s'est jamais permis, à leur propos, la moindre vulgarité. Il parlait cru, pourtant, quelquefois.
Je me souviens de la jalousie du milieu, bons amis inclus.
Je me souviens que Le Canard enchaîné (qu'il aimait bien) avait révélé que son agent avait soutiré 800 000 Francs à TF1 pour une émission politique assortie d'un tour de chant. Je me souviens que Montand avait reversé cette somme à une œuvre et que, par orgueil et blessure, il n'en avait dit mot.
Je me souviens de Montand, à Autheuil, prenant son petit déjeuner. Le journal, déployé sur la table, annonçait sur cinq colonnes qu'il avait une « fille cachée » nommée Aurore. Il haussait les épaules.
Je me souviens que Montand regrettait de ne pas avoir reçu une éducation anglaise élégante et stricte.
Too late. C'est le Sun qui lui tombe dessus. Pas le Times. Le ballet glauque des chercheurs d'or dans la boue.
Pour Le Nouvel Observateur, 28 septembre 2004, à l'occasion de la sortie du livre de Catherine Allégret Un monde à l'envers.
Heureusement, reste le music hall, comme un parfum
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